Octobre, mois canadien de la laine : une fibre naturelle qui retrouve sa place dans la mode québécoise

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Alors que l’industrie de la mode accélère sa transition vers des matériaux plus responsables, une fibre ancestrale revient progressivement au premier plan : la laine.

Chaque mois d’octobre, le Canada célèbre officiellement le Mois canadien de la laine, une initiative coordonnée par le Campaign for Wool Canada et le Canadian Wool Council afin de promouvoir la production, la transformation et l’utilisation de la laine canadienne.

Cette célébration s’inscrit dans le mouvement international Wool Month, soutenu par la Campaign for Wool et l’International Wool Textile Organisation (IWTO), qui mobilise chaque année producteurs, transformateurs, designers, détaillants et consommateurs autour des avantages environnementaux et économiques de la laine.

Une fibre naturelle face à la domination des fibres synthétiques

Selon l’International Wool Textile Organisation, la laine représente aujourd’hui moins de 1 % de la production mondiale de fibres textiles, un marché largement dominé par les fibres synthétiques dérivées du pétrole. Cette réalité explique en partie la mise en place du Mois de la laine, dont l’objectif est de sensibiliser le public aux caractéristiques distinctives de cette fibre naturelle.

Le Campaign for Wool Canada met notamment de l’avant plusieurs propriétés reconnues de la laine : elle est renouvelable, biodégradable, durable, thermorégulatrice, naturellement résistante au feu et reconnue pour ses qualités de confort. Pour de nombreux acteurs de l’industrie textile, ces caractéristiques prennent une importance particulière alors que les marques cherchent à réduire leur dépendance aux matières synthétiques et à répondre aux attentes croissantes des consommateurs en matière de durabilité.

Une filière canadienne en quête de valeur ajoutée

Le Canada possède déjà une base de production significative. Le Canadian Wool Collective indique que les éleveurs canadiens produisent environ trois millions de livres de laine par année. Toutefois, une part importante de cette production quitte encore le pays sous forme de matière brute avant d’être transformée à l’étranger.

Cette situation alimente depuis plusieurs années les réflexions sur le développement d’une chaîne de valeur plus complète au Canada. Le Canadian Wool Council, représentant officiel du Canada auprès de l’International Wool Textile Organisation depuis 2021, travaille notamment à rapprocher producteurs, manufacturiers, chercheurs, designers et organismes de développement économique afin de stimuler l’innovation et les capacités de transformation locales.

Lors de l’événement Canadian Wool Conversations, organisé en octobre par le Campaign for Wool Canada, les discussions portent d’ailleurs sur la régénération de l’économie lainière canadienne, le développement de nouvelles capacités manufacturières et la création de valeur à partir des ressources produites au pays.

Le Québec, un acteur discret mais stratégique

Bien que l’industrie québécoise de la laine demeure relativement modeste à l’échelle nord-américaine, elle compte plusieurs entreprises reconnues qui participent à la valorisation de la fibre canadienne.

Le répertoire officiel du Campaign for Wool Canada recense notamment au Québec des entreprises telles que ça va de soi, Milo & Dexter, Les Brebis du Beaurivage, Duray, Sweet Paprika Designs, Fibres Filantes et École de Pensée, qui fabriquent ou commercialisent des produits intégrant de la laine canadienne. La présence de ces entreprises illustre la diversité des débouchés possibles pour cette matière : vêtements, accessoires, couvertures, fils à tricoter, produits de décoration, literie et applications agricoles spécialisées.

Selon plusieurs intervenants de la filière, l’un des principaux enjeux demeure la capacité de transformation locale. La perte progressive d’infrastructures de lavage, de cardage, de filature et de finition a fragilisé l’écosystème au cours des dernières décennies. Aujourd’hui, plusieurs acteurs cherchent à reconstruire ces maillons afin de conserver davantage de valeur économique au Québec.

Une opportunité pour la mode québécoise

Pour les marques de mode québécoises, la laine représente plus qu’une simple matière saisonnière. Elle s’inscrit dans plusieurs tendances structurelles qui façonnent actuellement l’industrie : traçabilité, production locale, économie circulaire et durabilité. L’intérêt croissant pour les fibres naturelles alimente également de nouvelles occasions d’innovation. Des créateurs explorent aujourd’hui des approches qui valorisent les fibres locales, les circuits courts et les partenariats directs avec les producteurs. Cette dynamique rejoint les objectifs défendus par le Canadian Wool Council, qui souhaite renforcer l’ensemble de la chaîne de valeur canadienne, du pâturage jusqu’au produit fini.

Dans un contexte marqué par les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales et les préoccupations environnementales grandissantes, plusieurs experts de la filière voient dans la laine une occasion de développer une production textile davantage enracinée dans les territoires et plus résiliente face aux chocs économiques internationaux.

Un mois pour redécouvrir une ressource locale

Le Mois canadien de la laine arrive à un moment où la mode cherche de nouvelles réponses aux défis environnementaux et économiques qui la traversent. Pour le Québec, cette initiative constitue une occasion de mettre en lumière non seulement une fibre naturelle aux propriétés reconnues, mais également tout un écosystème composé d’éleveurs, d’artisans, de manufacturiers, de designers et d’entrepreneurs.

La question n’est plus seulement de savoir comment produire davantage de laine, mais comment créer davantage de valeur à partir de cette ressource ici même, au Québec et au Canada. À l’heure où la relocalisation et l’innovation textile gagnent du terrain, octobre rappelle que certaines des solutions les plus prometteuses se trouvent parfois dans les fibres que nous connaissons depuis des siècles.

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